COVID-19 : les autorités sanitaires diffusent des messages erronés en Afrique de l’Ouest

Par Docteur H
0 commentaire

[:fr]Avertissement: L’article original dont découle celui-ci est tiré du perspective piece Erroneous Communication Messages on COVID-19 in Africa de Bernard Seytre publié dans l’American Society of Tropical Medicine and Hygiene. Il peut vous être partagé à la demande. Nous sommes intéressés par vos commentaires sur ce sujet.

Le but de cet article n’est pas de décrédibiliser les autorités sanitaires africaines qui font beaucoup pour contenir la pandémie à coronavirus, mais bien d’attirer l’attention sur certaines failles qui leurs auraient échappées dans l’urgence de la gestion de cette crise.

Les doutes autour de l’existence réelle de la COVID-19 sont actuellement répandus dans Afrique, et des actes d'hostilité ont déjà eu lieu Cliquez pour tweeter Destruction à Abidjan d’un centre de dépistage de la COVID-19 « suspecté » par les populations de disséminer la maladie Cliquez pour tweeter Attaque d'un centre de santé et d’un poste de police par des pêcheurs en Sierra Leone après une limitation du nombre de bateaux autorisés à sortir pour la pêche Cliquez pour tweeter Grève des chauffeurs de taxi après les restrictions sur la circulation en Guinée, qui a été suivie quelques semaines plus tard par des manifestations contre les restrictions de voyage, au cours desquelles plusieurs des manifestants… Cliquez pour tweeter

Le doute et l’hostilité de la population ont profondément entravé les efforts de lutte contre les récentes épidémies d’Ebola en République démocratique du Congo et en Afrique de l’Ouest. Les doutes autour de l’existence réelle de la COVID-19 ainsi que les mesures de sa prévention sont actuellement répandus dans Afrique, et des actes d’hostilité ont déjà eu lieu : destruction à Abidjan d’un centre de dépistage de la  COVID-19 « suspecté » par les populations de disséminer la maladie; attaque d’un centre de santé et d’un poste de police par des pêcheurs en Sierra Leone après une limitation du nombre de bateaux autorisés à sortir pour la pêche; grève des chauffeurs de taxi après les restrictions sur la circulation des taxi en Guinée, qui a été suivie quelques semaines plus tard par des manifestations contre les  restrictions de voyage, au cours desquelles plusieurs des manifestants ont été tués par la police. Le potentiel de croissance du doute, de la méfiance et de l’hostilité devraient être une préoccupation majeure pour le contrôle de l’épidémie de COVID-19.

L’adhésion des populations aux mesures de prévention contre la COVID-19 est un élément important de la lutte, et cette conformité exige que les gens comprennent les mesures de prévention et fassent confiance aux autorités politiques et… Cliquez pour tweeter

L’adhésion des populations aux mesures de prévention contre la COVID-19 est un élément important de la lutte

L’ étude récemment menée par Bernard Seytre dans le cadre d’une mission pour l’Organisation ouest-africaine de la santé, une institution de la communauté économique Institution des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a montré que d’une part, certaines des informations communiquées sur COVID-19 sont scientifiquement infondées, et d’autres part que les informations cruciales pour expliquer la transmission du virus et les moyens de l’éviter manquent.

Certaines des informations communiquées sur COVID-19 sont scientifiquement infondées, et d’autres part que les informations cruciales pour expliquer la transmission du virus et les moyens de l'éviter manquent. Cliquez pour tweeter

L’ auteur a parcouru le contenu des messages sur les transmissions de COVID-19 de différents outils de communication visant la population générale, téléchargés à partir des sites officiels et pages Facebook du ministère de la Santé des 15 pays membres de la CEDEAO. Cette revue comprenait 148 affiches et / ou dépliants et 38 vidéos et/ou spots audio, avec en moyenne 12,4 documents par pays, allant de deux pour la Sierra Leone à 33 pour le Bénin.

Très peu de messages de communication se sont intéressés au virus responsable de l'épidémie. Cliquez pour tweeter

Résultats

Cette analyse a montré que très peu de messages de communication se sont intéressés au virus responsable de l’épidémie. Dans des pays où l’alphabétisme médical est faible, comment les gens peuvent-ils comprendre que des objets communs tels que des poignées de porte transmettent la maladie si on ne leur dit pas que le virus (ou le microbe) qui cause cette maladie peut être laissé sur les  objets? Comment peuvent-ils comprendre que parler à quelqu’un peut transmettre la maladie? Les autorités sanitaires ne devraient pas s’attendre à ce que les gens aient simplement confiance et suivent leurs recommandations.

Les recommandations qui ne sont pas entièrement expliquées ou comprises sont susceptibles de soulever des doutes et des soupçons Cliquez pour tweeter

Sur les 15 pays étudiés, 11 avaient des messages de communications mettant en garde contre un risque présumé de COVID-19 au contact des animaux sauvages et domestiques (mammifères, poissons, oiseaux, et reptiles). Par exemple, « Il [COVID-19] a été trouvé dans de nombreux animaux, notamment des chauves-souris, des chats, des chameaux et des bovins »(Libéria);  « Cuisson minutieuse de la viande et des œufs » et « Pas de contact avec des animaux sauvages ou d’élevage vivants sans protection »(Nigéria); ” Faire bien cuire la viande, le poisson et les œufs avant de les manger »(Mali); ” Evitez le contact non protégé avec des animaux sauvages ou de race et avec les surfaces ayant été en contact avec eux »(Togo); « Lorsque vous allez dans les marchés, évitez le contact direct avec les animaux vivants et les surfaces où des animaux vivants ont été manipulés »(Guinée-Bissau). Ces messages étaient illustrés de dessins d’animaux et / ou de nourriture (chauves-souris, poulet, porcs, jambon, steaks, poisson, œufs, pangolins, ou des serpents). Parmi les documents que j’ai examinés, ceux de seulement quatre pays (Bénin, Gambie, Ghana et Sierra Leone) ne contenaient pas ces messages.

11 pays sur les 15 en Afrique de l'Ouest mettent en garde contre un risque de #COVID19 au contact d'animaux domestiques et/ou sauvages, ce qui est scientifiquement infondé à la lumière des connaissances actuelles. Cliquez pour tweeter

Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique fournit également des outils de communication véhiculant des messages suggérant des risques de COVID-19 par contact avec des animaux. Parmi les six affiches sur la page ” Coronavirus (COVID-19) / Protégez-vous ” de son site, l’un intitulé « Comment vous protéger », énumère six recommandations: « Evitez les viandes crues / les animaux vivants ». La même page présente deux vidéos « Conseils pour se protéger contre le coronavirus » dont une conseille: « Évitez tout contact direct avec des animaux vivants. Si cela est impossible, assurez-vous de vous laver les mains par la suite » (illustration avec un poulet et un cochon); et une autre déclare: « Ne mangez des produits animaux crus ou mal cuits et lavez votre main, nettoyez les surfaces et les ustensiles par la suite ».

Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique fournit également des outils de communication véhiculant des messages suggérant des risques de COVID-19 par contact avec des animaux, ce qui est scientifiquement infondé à la lumière des… Cliquez pour tweeter

Ces messages n’ont aucune base scientifique, car la transmission animale du coronavirus a été en somme un événement unique qui s’est produit en Chine, probablement une espèce de chauve-souris qui n’est pas présente en Afrique. Non seulement ces messages sont trompeurs, mais ils peuvent potentiellement déclencher des hostilités.

Une étude anthropologique que nous avons menée en 2015 au Togo sur les représentations d’Ebola et la perception de l’information  communiquée a montré que les messages les plus connus étaient ceux qui interdisaient la chasse et la consommation de gibier. Ces messages n’étaient pas fondés, car le transmission du virus Ebola à partir des chauves-souris avait été un événement unique, qui s’est probablement produit une fois pour chaque épidémie d’Ebola. Dans des pays comme le Togo, la Côte d’Ivoire et le Libéria, où ces messages ont été promus, les gens ont continué à chasser sans contracter Ebola, menant aux questions posées sur les raisons pour lesquelles la chasse est interdite. Notre étude a montré que ces messages ont suscité diverses théories et soupçons et ont contribué à la méfiance à l’encontre des autorités.

Contrairement à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, aucun pays n’a interdit la chasse pendant la période actuelle de COVID-19, cependant les messages actuels mettent en garde contre le contact avec toute espèce animale, y compris non seulement les animaux sauvages mais les animaux domestiques, les poissons et œufs. Les personnes ayant accès à internet peuvent accéder à des informations vérifiées sur les moyens de transmission de la COVID-19 et voir qu’aucun pays en dehors de ceux d’Afrique subsaharienne ne diffuse ces avertissements.

En outre, les éleveurs continuent de prendre soin de leur bétail et les individus continueront à consommer de la viande, du poisson et des œufs comme d’habitude sans tomber malade. C’est une cause majeure de méfiance qui pourrait déteindre sur les vrais messages sur les mesures de prévention.

Une cause majeure de méfiance qui déteint sur les vrais messages: les messages officiels mettent en garde contre les animaux alors que les éleveurs prennent soin de leurs bétails, les individus consomment de la viande sans tomber malade Cliquez pour tweeter

Enfin, bien que bon nombre d’outils de communication examinés décrivent les symptômes de COVID-19, un seul message, une vidéo du ministère malien de la Santé, a expliqué que les individus peuvent transmettre la maladie sans être symptomatique, ce qui est la raison profonde du confinement général – autrement isoler uniquement ceux qui sont malades serait suffisant. Sans ces informations cruciales, comment les gens comprendront le confinement? Encore une fois, ne pas comprendre pleinement les logiques qui sous-tendent les règles imposées par les autorités, souvent sous la menace d’amendes ou de prison, est susceptible de soulever de la méfiance.

Bien que bon nombre d’outils de communication décrivent les symptômes de COVID-19, un seul message (vidéo) du ministère malien de la Santé, a expliqué que les individus peuvent transmettre la maladie sans être symptomatique, ce qui est… Cliquez pour tweeter

Des messages de communication précis peuvent ne pas suffire à éliminer les nombreuses rumeurs circulant sur la COVID-19 dans la CEDEAO et ailleurs ou pour assurer le plein respect des mesures de prévention mises en place auprès des populations. Cependant, à tout le moins, ces messages devraient éviter d’alimenter méfiance et doute dans la communauté. Il est urgent de revoir et de réviser la communication actuelle autour de la COVID-19 pour supprimer les messages erronés et fournir des informations précises et nécessaires. Enfin, il vaudrait la peine d’étudier si les  messages erronés en circulation proviennent du Bureau régional de l’OMS  pour l’Afrique et s’ils sont utilisés dans d’autres pays africains.

Ne pas comprendre pleinement les logiques qui sous-tendent les règles imposées par les autorités, souvent sous la menace d'amendes ou de prison, est susceptible de soulever de la méfiance. Cliquez pour tweeter

Le blog de Arayaa, tout ce que votre médecin n’a pas le temps de vous expliquer en consultation![:]

You may also like

Discutons-en
De quoi avez vous besoin ?
Vous avez un problème de santé?