Le jeûne du musulman vivant avec le VIH

Par Docteur H
8 commentaires

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Le musulman vivant avec le virus du sida peut-il observer le jeûne en ce mois de Ramadan? Nous avons posé cette question d’un de nos lecteurs à un médecin du Centre de Traitement Ambulatoire des Personnes Vivants avec le VIH (PVVIH) du Centre National Hospitalier Universitaire- Hubert Koutoukou Maga.  Loristia Kpadonou de l’équipe de rédaction d’ Arayaa nous a transcrit les réponses du Dr Gaël Ayihounton.

Bien cher docteur, la question est opportune parce que nous sommes dans la période de jeûne et la question se pose à beaucoup de musulmans qui sont effectivement suivis et qui prennent les ARV (Anti-RétroViraux, médicaments que prennent tous les jours certains PVVIH).

Alors, je ne sais pas ce que dis exactement le coran mais j’ai compris que la plupart des musulmans qui ont du respect pour la parole sainte sont vraiment attachés au jeûne. Ils donnent vraiment un sens à cette période-là donc veulent coûte que coûte quand même honorer à cela. Alors la question donc est-ce que c’est possible qu’ils puissent pouvoir faire le jeûne et en même temps suivre leurs traitements puisqu’il faut le rappeler le traitement ARV est un traitement continu, on ne peut pas l’arrêter du jour au lendemain et reprendre quand on veut. C’est un traitement continu et donc si on doit suivre strictement ce qui est dit dans le coran, en dehors des heures où les musulmans sont autorisés à manger ils ne peuvent plus prendre les médicaments.

Le jeûne du musulman PVVIH sous traitement ARV

Il y a 2 alternatives avec les ARV: certains se prennent une fois par jour, normalement au coucher, d’autres matin et soir avec un intervalle de 12 heures entre les 2 prises. Par exemple chez les patients qui doivent prendre leur médicament à 9h et à 21h parce que souvent c’est 12h d’intervalle (9h-21h ou 8h-20h), on peut toutefois ramené les prises à 5h et à 19h, début et fin du jeûne. Mais la décision du réajustement des horaires n’est pas celle du patient mais plutôt celle du médecin en complicité avec lui.

Lire aussi: Le jeûne du musulman qui souffre d'ulcère

Pour ceux qui doivent prendre leurs médicaments le soir au coucher (au coucher parce qu’il y a des effets secondaires possibles qui nécessitent que le patient soit endormi pour ne pas trop les ressentir), le problème ne devrait pas se poser.

Mais dans l’extrême des cas où le patient ne peut pas adapter sa posologie aux heures du jeûne ou alors lorsqu’il est malade, il est grabataire ou lorsqu’il est porteur d’infections opportunistes ou d’autres maladies, il est obligé de suspendre le jeûne et pouvoir observer son traitement anti-rétroviral parce que c’est ça le plus important. C’est ça le plus important. C’est ça la priorité. S’ il n’observe pas son traitement anti-rétroviral et qu’il l’interrompt pendant la période carême eh bien il y a le risque de l’inobservance avec toutes les conséquences que nous connaissons. Sur le plan de la religion, oui, puisque le Coran prévoit que, les personnes atteintes de maladies chroniques sont dispensées de jeûne. Les autorités religieuses expliquent même que l’on peut, à la place, s’acquitter d’une aumône par jour de jeûne, qui servira à nourrir quelqu’un n’ayant pas les moyens de subvenir à ses besoins.

Précautions à prendre par le musulman PVVIH qui peut faire le jeûne

En dehors du risque d’inobservance thérapeutique, le PVVIH s’expose à des troubles nutritionnels. En effet, le VIH est une maladie qui affaiblit le système immunitaire et expose le PVVIH à beaucoup d’agressions. L’alimentation fait partie intégrante du traitement du PVVIH car il lui apporte des nutriments et autres vitamines qui l’aident à faire face à son état. Il faut donc s’assurer d’avoir des aliments de très bonne qualité nutritionnelle en début et en fin de jeûne.

Toutefois, la période du jeûne reconstitue un moment d’élévation spirituelle, de prières qui sont susceptibles de plus trouver des échos favorables. Ce mois est important pour la dimension spirituelle ou psychologique de la prise en charge du VIH.

Avez vous des commentaires? nos nutritionnistes et médecins seraient heureux de vous répondre!

 

Le blog de Arayaa, tout ce que votre médecin n’a pas le temps de vous expliquer en consultation![:en]

Le musulman vivant avec le virus du sida peut-il observer le jeûne en ce mois de Ramadan? Nous avons posé cette question d’un de nos lecteurs à un médecin du Centre de Traitement Ambulatoire des Personnes Vivants avec le VIH (PVVIH) du Centre National Hospitalier Universitaire- Hubert Koutoukou Maga.  Loristia Kpadonou de l’équipe de rédaction d’ arayaa nous a transcrit les réponses du Dr Gaël Ayihounton.

Bien cher docteur, la question est opportune parce que nous sommes dans la période de jeûne et la question se pose à beaucoup de musulmans qui sont effectivement suivis et qui prennent les ARV (Anti-RétroViraux, médicaments que prennent tous les jours certains PVVIH).

Alors, je ne sais pas ce que dis exactement le coran mais j’ai compris que la plupart des musulmans qui ont du respect pour la parole sainte sont vraiment attachés au jeûne. Ils donnent vraiment un sens à cette période-là donc veulent coûte que coûte quand même honorer à cela. Alors la question donc est-ce que c’est possible qu’ils puissent pouvoir faire le jeûne et en même temps suivre leurs traitements puisqu’il faut le rappeler le traitement ARV est un traitement continu, on ne peut pas l’arrêter du jour au lendemain et reprendre quand on veut. C’est un traitement continu et donc si on doit suivre strictement ce qui est dit dans le coran, en dehors des heures où les musulmans sont autorisés à manger ils ne peuvent plus prendre les médicaments.

Le jeûne du musulman PVVIH sous traitement ARV

Il y a 2 alternatives avec les ARV: certains se prennent une fois par jour, normalement au coucher, d’autres matin et soir avec un intervalle de 12 heures entre les 2 prises. Par exemple chez les patients qui doivent prendre leur médicament à 9h et à 21h parce que souvent c’est 12h d’intervalle (9h-21h ou 8h-20h), on peut toutefois ramené les prises à 5h et à 19h, début et fin du jeûne. Mais la décision du réajustement des horaires n’est pas celle du patient mais plutôt celle du médecin en complicité avec lui.

Lire aussi: Le jeûne du musulman qui souffre d'ulcère

Pour ceux qui doivent prendre leurs médicaments le soir au coucher (au coucher parce qu’il y a des effets secondaires possibles qui nécessitent que le patient soit endormi pour ne pas trop les ressentir), le problème ne devrait pas se poser.

Mais dans l’extrême des cas où le patient ne peut pas adapter sa posologie aux heures du jeûne ou alors lorsqu’il est malade, il est grabataire ou lorsqu’il est porteur d’infections opportunistes ou d’autres maladies, il est obligé de suspendre le jeûne et pouvoir observer son traitement anti-rétroviral parce que c’est ça le plus important. C’est ça le plus important. C’est ça la priorité. S’ il n’observe pas son traitement anti-rétroviral et qu’il l’interrompt pendant la période carême eh bien il y a le risque de l’inobservance avec toutes les conséquences que nous connaissons. Sur le plan de la religion, oui, puisque le Coran prévoit que, les personnes atteintes de maladies chroniques sont dispensées de jeûne. Les autorités religieuses expliquent même que l’on peut, à la place, s’acquitter d’une aumône par jour de jeûne, qui servira à nourrir quelqu’un n’ayant pas les moyens de subvenir à ses besoins.

Précautions à prendre par le musulman PVVIH qui peut faire le jeûne

En dehors du risque d’inobservance thérapeutique, le PVVIH s’expose à des troubles nutritionnels. En effet, le VIH est une maladie qui affaiblit le système immunitaire et expose le PVVIH à beaucoup d’agressions. L’alimentation fait partie intégrante du traitement du PVVIH car il lui apporte des nutriments et autres vitamines qui l’aident à faire face à son état. Il faut donc s’assurer d’avoir des aliments de très bonne qualité nutritionnelle en début et en fin de jeûne.

Toutefois, la période du jeûne reconstitue un moment d’élévation spirituelle, de prières qui sont susceptibles de plus trouver des échos favorables. Ce mois est important pour la dimension spirituelle ou psychologique de la prise en charge du VIH.

Avez vous des commentaires? nos nutritionnistes et médecins seraient heureux de vous répondre!

 

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8 commentaires

Loristia KPADONOU juin 4, 2017 - 1:33

Très bon sujet. La période s’y prête vraiment et je pense que avec cet article les musulmans PV/VIH qui se retrouvent dans le dilemme de suivre les prescriptions religieuses ou médicales trouveront réponse à leur casse-tête.
Bon ramadan aux musulmans et que Allah nous bénisse tous.

Arayaa juin 4, 2017 - 11:39

Merci Lorista

YESSOUFOU Menad Malick juin 4, 2017 - 7:37

Très bonne réponses du Dr AYIHOUNTON Gaël. En tant que médecin musulman j’épouse ses approches de réponses. Bravo à tous ce sjeunes qui soulèvent ces débats intéressants.

Arayaa juin 4, 2017 - 11:39

Merci Docteur YESSOUFOU, nous espérons avoir ton expérience et ta contribution sur des sujets dans les jours à venir.

Hilaire juin 4, 2017 - 8:00

Bel article qui vient à point nommé.
Les soignants doivent être à l’écoute des patient(e)s musulman(e)s vivant avec le VIH pour les accompagner, car la période de jeûne est aussi source de stress et d’angoisse pour certains patients.
En effet, jeûner dans de mauvaises conditions c’est s’exposer à un affaiblissement du système immunitaire et aux infections opportunistes.Mais ne pas jeûner, c’est parfois s’exposer aux questions sur les raisons de ce “non jeûne” surtout si la personne paraît en bonne santé.Ne pas jeûner, c’est aussi s’exposer à la stigmatisation et à la discrimination surtout dans un contexte ou le statut serologique n’a pas été partagé.
Les personnes seropositives se retrouvent dans un dilemne.

Arayaa juin 4, 2017 - 11:38

Contribution enrégistrée. Restez avec nous pour la suite!

Sawbane CHITOU-SANNI juin 4, 2017 - 10:54

Bonsoir. C’est un très bon sujet de réflexion!
Je pense que l’islam n’exigerait pas à un patient PV/VIH de jeûner surtout si ce dernier est à un stade avancé, stade 3 ou 4 par exemple. Puisque le jeûne affaiblirait ses défenses. Cela aggraverait donc son immunodépression préalable du faite de sa maladie. Le jeûne n’est pas obligatoire au malade, Il lui faudra juste rembourser les jours ratés après qu’il soit guéri. Mais le véritable hic avec l’infection au VIH est que c’est une maladie chronique avec laquelle le sujet passera le restant de ses jours, il n’aura donc pas d’autres jours pour rattraper le jeûne qu’il rate du faite de sa maladie.
Par contre si le médecin juge que le jeûne ne sera pas délétère pour son patient en analysant son état de santé et son taux de CD4 par exemple, il lui serait meilleur de jeûner. Car le jeûne du mois de ramadan est obligatoire. Et cela le rapprocherait plus de son Seigneur, qui est le seul capable de l’aider à combattre le VIH.

Arayaa juin 4, 2017 - 11:36

Merci pour la contribution Sawbane!

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