Si j’avais 10 Milliards (et du pouvoir) pour combattre le #COVID19

Par Docteur H
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[:fr]Le monde entier est en alerte autour  du seul sujet qui cristallise toutes les discussions : le COVID19. Si l’évolution de cette pandémie inquiète tout le monde, nous savons que dans quelques mois, cette pandémie sera derrière nous. La tête dans le guidon, les gouvernements du monde prennent des décisions au gré l’instable évolution du coronavirus. Le Bénin, par exemple a mobilisé plus de 10 milliards de FCFA pour la gestion de cette crise.  Je postule qu’il s’agit là d’une  opportunité pour mettre en place des interventions de santé publique d’envergure et à impact durable. Si j’avais 10 Milliards (et du pouvoir) pour combattre le COVID19,

 

  1. Je ferme tout

En urgence,

Il vaut mieux à mon avis en faire trop que pas assez. Il vaut mieux prendre les décisions radicales maintenant (fermeture des écoles, limitation rigoureuse au strict nécessaire des mouvements à nos frontières,…) que d’avoir à les prendre en situation de gestion d’épidémie.

Il vaut mieux prendre les décisions radicales maintenant, s’assurer qu’on n’ait pas de nouveaux cas et que la situation est effectivement sous contrôle. Après, on pourrait réorganiser notre vie sociale. Tant qu’on n’arrête pas d’importer des cas, ce serait toujours aussi compliqué.

On ne connait pas l’histoire naturelle de la maladie à coronavirus. Si l’on ne réagit pas du tout, combien de personnes seront touchées ? Combien de personnes vont mourir ?… Mais ce qui est sûr, le confinement n’aurait plus de sens à partir d’un certain taux de contamination de la population.

le confinement n’aurait plus de sens à partir d’un certain taux de contamination de la population. Cliquez pour tweeter

Le vrai danger cependant, c’est la quantité importante de personnes pouvant avoir recours à des soins de santé du fait de la maladie à coronavirus. Exemple : SI le CNHU a une hypothétique capacité de gestion de 10.000 malades par mois, le Coronavirus a lui seul avec sa force de dissémination peut produire ces 10.000 cas en une semaine. Cette masse importante de malades en un temps court met un stress maximal sur le système de santé, les soignants, les consommables médicaux… Tous les malades ne pourront pas se faire soigner et les personnes souffrant des autres maladies traditionnelles ne pourront plus bénéficier normalement de leurs soins: situation qui va augmenter le taux de décès dû à #COVID19 mais des autres maladies aussi.

Les examens de fin d’année sont pour bientôt, les élections municipales sont dans moins de deux mois. Je reste convaincu qu’il y a possibilité de tenir ces calendriers si nous prenons des décisions radicales tôt.

  

  1. Je protégerai, soulagerai et renforcerai les soignants

Je suis dans beaucoup de fora de soignants, médecins et de professeurs de médecine du Bénin. Je vois que les soignants sont stressés et ne savent pas exactement comment se comporter face à des milliers de patients qui viennent vers eux pour de la toux, de la fièvre, ou les autres motifs fréquents de consultation que partage  ce virus ; sachant que ces patients pourraient potentiellement couver le virus surtout que le diagnostic ne se fait pas à l’hôpital mais bien au seul laboratoire des fièvres hémorragiques. Qu’adviendra-t-il d’eux ? De leur hôpital (surtout s’il s’agit du secteur privé) ? De leurs familles ? si la contamination se propageait dans leurs centres de santé? Pour #AgirContreCOVID19, je sélectionnerai 2 ou 3 centres de santé par commune/quartier (tout au moins à Cotonou et dans ses environs) dans lesquels j’installerai les soignants disponibles ou à la retraite recensés, qui seront formés et motivés. Je leur donnerai rapidement le nécessaire (connaissances, équipements, protection) pour prendre en charge les patients venant vers eux sans risquer leurs santés. Toutes les personnes ayant une symptomatologie respiratoire seront dirigées vers ces centres, triés et pris en charge de façon adéquate. Cela aura le double avantage de soulager la plupart des centres de santé publiques et privés qui continueront à vaquer à leurs autres activités et offrira une meilleure garantie de prise en charge  aux personnes ayant une symptomatologie respiratoire ou de la fièvre (réduisant aussi la stigmatisation dont ils pourraient être victimes, j’en ai été témoin). Je ferai cela le temps qu’on maîtrise mieux la propagation du virus, tout au moins dans les communes à l’intérieur du cordon sanitaire: Cotonou, Abomey-Calavi, Allada, Ouidah, Tori, Zè, Sèmè-Podji, Porto-Novo, Akpro-Missérété et Adjarra.

Je sélectionnerai 2 hôpitaux par commune où les personnes présentant des symptômes respiratoires seront triés et soignés par des soignants formés à cela Cliquez pour tweeter
  1. L’hygiène de base deviendra accessible et réflexe

Le coronavirus passera dans quelques mois. Mais il marquera pendant longtemps les esprits. Si j’avais 10 milliards de FCFA, je mettrai des outils d’hygiène (tout au moins le nécessaire pour le lavage des mains à l’eau et au savon) dans toutes les rues et je mettrai beaucoup d’énergies à éduquer la population aux règles basiques d’hygiène. C’est ce qu’on aurait dû, en tant que soignant, faire depuis le début de notre existence; la pandémie de coronavirus nous donne l’occasion de nous rattraper.

Je mettrai le nécessaire pour le lavage des mains à l’eau et au savon dans toutes les rues et toutes les immeubles devront en être pourvu Cliquez pour tweeter

Je  ferai en sorte qu’on se souvienne de cette crise comme le moment historique où nous avons commencé par éradiquer les principales maladies infectieuses : choléra et maladies diarrhéiques, fièvre typhoïde,  hépatites A, infections respiratoires… qui n’ont plus leurs raisons d’être au 21è siècle. Je ne délivrerai de permis de construire que si le constructeur garanti l’aménagement d’un espace avec le nécessaire pour l’hygiène à l’entrée ou au sein de sa bâtisse. J’espère pouvoir compter  sur la créativité de notre jeunesse pour nous proposer des outils pratiques d’hygiène sur mesure (ou leurs conditionnements/ la méthode d’installation).

On se souviendra de cette crise comme le moment historique où nous avons commencé par éradiquer les principales maladies infectieuses : choléra et maladies diarrhéiques, fièvre typhoïde,  hépatites A, infections respiratoires… Cliquez pour tweeter

La police sanitaire sera l’un des départements de sécurité les plus actifs. Elle sera chargée de vérifier l’existence et la fonctionnalité partout des dispositifs de lavage des mains et d’hygiène. Plus personne ne vendra de nourritures au bord des voies sans un minimum de mesures d’hygiène : pasteurisation des ustensiles, nécessaire pour le lavage des mains (et je ne parle pas des bols dans lesquels tout le monde plonge ses mains dans la même eau), protection physique des repas. Là encore, j’attacherai du prix au respect de ces fondamentaux que la police sanitaire en collaboration avec la population sera chargée de faire appliquer.

Plus personne ne vendra de nourritures au bord des voies sans un minimum de mesures d'hygiène : pasteurisation des ustensiles, nécessaire pour le lavage des mains, protection physique des repas... Cliquez pour tweeter
  1. J’éduquerai Monsieur et Madame Toulmonde aux fondamentaux

Les règles d’hygiène sont des basiques que tout le monde devrait appliquer de façon réflexe. La pandémie et toute l’attention qu’elle suscite de la part de la population offre l’opportunité unique d’une intervention durable et efficace de santé publique pour ancrer les règles basiques d’hygiène dans les comportements de Monsieur et Madame Toulmonde.  Je partage une réflexion que j’ai postée sur ma page Facebook en Janvier 2017. Et je crois encore plus aujourd’hui qu’hier que nous avons besoin dans le court terme dans notre pays de plus d’infirmiers que de médecins :

Ceci ne veut pas dire qu’il ne nous faut pas des spécialistes: mais au lieu de 5 docteurs en médecine, formons-en 1; et avec les dizaines de millions de FCFA prévus pour les 4 autres formons 20 infirmiers et instruisons 30 villages aux règles élémentaires d’hygiène, tout en développant la pharmacopée traditionnelle.
Au lieu de 100 docteurs en histoire, il faudrait former 2, mais recueillir et conserver des témoignages sur notre passé, consacrer de larges temps d’antennes pour des récits sur le passé, en langues nationales. Au lieu de 100 ingénieurs, en former 3 et apprendre au peuple à se servir d’une truelle, d’une charrue, d’un marteau, et que sais-je encore
?

Je mettrai beaucoup d’énergie et de ressources dans l’éducation de la population aux fondamentaux de l’hygiène. Ils sauront tous comment tousser ou éternuer en respectant les autres et leur santé, comment se moucher, comment se laver les mains à l’eau et au savon,  …

 

  1. Les terrains fragiles favorables à la forme grave du coronavirus seront renforcés

 

Taux de mortalité du COVID-19 selon l’âge, Source Chinese CDC

Les graphiques ci-contre nous informent clairement sur les personnes les plus vulnérables au COVID19. Chez ces groupes de personnes, je ne verrai pas en premier lieu le coronavirus; je m’intéresserai à la place à qui ils sont et à améliorer leurs conditions.

Taux de mortalité selon les pathologies pré-existances 1.maladies cardiovasculaires 2.diabète 3.maladies respiratoires 4.Hypertension 5.aucune, Source: Chinese CDC

J’achèterai 4 ou 5 respirateurs peut-être. Mais je m’évertuerai surtout à renforcer la résilience des personnes ayant un terrain favorable à la forme grave de cette maladie. Je profiterai de cette opportunité pour communiquer, renforcer la prévention autour du diabète et la résilience des 5,1% de béninois (OMS, 2016) en souffrant déjà.  Il en sera de même pour l’hypertension artérielle, l’asthme et les autres terrains sur lesquels le coronavirus développe sa forme grave.  Je m’évertuerai à améliorer les conditions de prise en charge des 13% de femmes et des 16% d’hommes hypertendus au Bénin (EDS, 2018). Je renforcerai les messages de prévention de ces maladies non transmissibles auprès de la population.

je m’évertuerai à renforcer la résilience des personnes ayant un terrain favorable à la forme grave de cette maladie Cliquez pour tweeter

Je profiterai de cette pandémie pour améliorer les connaissances, attitudes et pratiques autour des principales maladies non transmissibles sources de fragilité.

Taux de mortalité du coronavirus en Italie selon nombre d’affections préexistantes, Source: ISS Italy National Health Institute

Les affections respiratoires habituelles que nous vivons chaque année entraînent 2.600.000 morts à travers le monde. Avec le Covid-19, nous en sommes, au quatrième mois, à 16.713 décès (Worldometers, consulté le 24/03/2020), et avec le pays initialement le plus touché qui est parvenu à juguler l’épidémie. Nous sommes très loin d’avoir un effet statistiquement significatif au regard de la mortalité habituelle et en particulier de la surmortalité saisonnière.

Le même traitement politique ou journalistique appliqué à n’importe quel épisode de grippe saisonnière nous terrifierait tout autant que l’épidémie actuelle. Comme la mise en scène (avec décompte en live des victimes) de n’importe quel problème sanitaire d’envergure, qu’il s’agisse des maladies cardiovasculaires, des cancers ou aux effets de la pollution atmosphérique nous ferait frissonner d’effroi tout autant et même infiniment plus ! Nous savons aujourd’hui que le Covid-19 est bénin en l’absence de pathologie préexistante. Les plus récentes données en provenance d’Italie confirment que 99% des personnes décédées souffraient d’une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec un âge moyen des victimes de 79,5 ans (médiane à 80,5) et très peu de pertes en-dessous de 65 ans (Bloomberg, 2020).

Tout en reconnaissant l’urgence constituée par l’épidémie et la nécessité de lutter contre elle, il serait dangereux  pour les gouvernements de la sous-région de rester aveugles aux impacts négatifs du COVID19 sur les autres aspects de la santé, de la vie et sur les personnes les plus vulnérables de la société. Il est nécessaire d’avoir une réaction équilibrée qui ne fait pas plus de mal que de bien.

  1. Je renforcerai l’immunité (pas parlementaire) de la population

Le fait que toute la population semble soudain s’intéresser à ce qu’on appelle immunité (et nous ne parlons pas de politique) est une brèche dans laquelle je vais m’engouffrer pour leur inculquer les principes de base pour une bonne hygiène de vie qui va leur permettre de se prémunir individuellement aussi bien contre les maladies transmissibles que celles non transmissibles : activité physique régulière, temps de sommeil suffisant, consommation quotidienne de fruits et légumes, bonne hydratation…

 

  1. Test Test Test

Un agent de santé dans une installation de test aux conducteurs pour les personnes présentant des symptômes possibles de coronavirus. L’Allemagne effectue plus de 160 000 tests par semaine © Christian Kaspar-Bartke / Getty

Une petite ville Italienne a utilisé la méthode des tests à grande échelle pour  conduire une expérience au cours de laquelle ils ont testé tous les 3.300 habitants y vivant. Résultat : il n’y a plus eu de nouvelles infections.

Certains qualifient la situation en Allemagne d’anomalies : ils ont un taux d’infectés très élevé, mais très peu de décès ; Comment font-ils ? 160.000 tests par semaine.

Tous les scientifiques sont unanimes sur le fait qu’à l’heure actuelle, les cas de COVID19 sont sous-estimés. Le Bénin a déclaré à ce jour moins de 10 cas. Mais selon les estimations des scientifiques britanniques du The Future of Humanity institute of Oxford, il y aurait plus de 400 cas déjà.  Il n’y a que les tests actuellement pour évaluer l’ampleur réelle de la situation dans notre pays, et prendre des mesures cohérents avec cette ampleur.

Conscient qu’un confinement porterait un sérieux coup à l’économie nationale, je m’assurerai de traiter avec rigueur la situation des cas confirmés et de leurs contacts. Les recherches suggèrent que la détection précoce et la réduction des contacts sont les plus efficaces pour venir à bout de la pandémie, d’où le viral hashtag #TestTesTest. Je ferai des efforts pour empêcher l’importation de nouveaux cas, comme évoqué au pont 1. En plus des mesures actuelles aux frontières terrestres et à l’aéroport, j’instaurerai comme les pays asiatiques proches de la Chine qui ont admirablement  évité  le pire, un dépistage systématique des cas suspects. Et comme eux encore, je ferai en sorte que les activités de la vie sociale continuent.

Le Bénin a déclaré à ce jour moins de 10 cas. Mais selon les estimations des scientifiques britanniques il y aurait plus de 400 cas déjà.  Cliquez pour tweeter
  1. Je prendrai langue avec mes pairs de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique

Au delà des mesures que prend chaque pays, les instances sous-régionales et régionales (Organisation Ouest Africaine de la Santé, Africa CDC,…) doivent se concerter pour des réponses intégrées et intégrales. Je pense que les écrits de Mr Luc Gnacadja résument mieux ma pensée:

COVID19: Que fait hashtagUnionAfricaine pour une riposte concertée? Au-delà du chacun pour soi ds 1 hashtagconfinement hypothétique & des fermetures de frontières, quelle réponse intelligente & concertée l’hashtagAfrique s’est donnée & propose-t-elle à ses partenaires? Les autres régions se concertent, mais pas l’hashtagAfrique. ??? Un hashtagConseilEuropéen des chefs d’Etat & de Gouvement se tient aujourd’hui. Ils parleront aussi de l’hashtagAfrique face au hashtagCOVID19, mais pas encore de hashtagSommet de l’hashtagUnionAfricaine à l’horizon! ??? C’est pourtant la plus systémique des menaces auxquelles le Continent doit faire face ds l’urgence. Faut-il attendre la catastrophe avec le hashtagCOVID19 ds nos multiples bidonvilles & camps de réfugiés? Nos pays ne sont-ils pas capables de se mettre ensemble pr 1 riposte concertée ds les ts prochains jours sans attendre que le sauveur vienne d’ailleurs? L’appel du DG de l’Organisation mondiale de la santé (OMS): «L’Afrique devrait se réveiller, mon continent devrait se réveiller» semble avoir été un cri dans le désert. Il a pourtant averti que, pour éliminer & contrôler la pandémie, il faut isoler, tester, traiter et tracer les contacts. Finalement, on pourrait s’interroger en paraphrasant Staline à Yalta: hashtagCOVID19; l’hashtagAfrique, combien de divisions? Vivement que cela change!

 

9. Je financerai la production de connaissances

Je financerais la production de connaissances pour répondre aux questions des décideurs de mon pays? Et quelles questions en priorité ? 1) Dans notre contexte, comment mieux organiser la prévention et réduire l’impact humain, social, économique? 2) comment traiter le COVID19 à moindre coût ?  Etc.

10. L’eau sera de plus en plus accessible

Conscient qu’une partie encore des béninois n’a pas encore accès à l’eau malgré les efforts des gouvernements successifs, je ferai le plaidoyer nécessaire pour que les efforts dans ce sens soient intensifiés, dans le moyen terme.

 11. Je faciliterai l’installation d’industries en santé

Quand tout ceci sera derrière je favoriserai l’installation d’industries de fabrication des consommables médicaux de base : masque, seringue, gants, sérum salé, sérum glucosé, sparadrap, de gels hydroalcooliques…

 

Je ne sais pas si j’ai fini de dépenser les 10 milliards.

J’espère qu’il me restera encore de la monnaie.

Que ferais-tu si tu avais des milliards et du pouvoir ?

 

NB : Il ne s’agit pas ici de leçons de gouvernance aux autorités qui gèrent la crise et qui font certainement tout ce qui est en leur pouvoir. La pandémie du coronavirus a surpris le monde et sa progression rapide n’a pas laissé du temps pour des réflexions plus approfondies. A l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus clair ni de protocole de gestion de cette épidémie. Chaque gouvernement à la tête dans le guidon et nous pouvons les aider en contribuant à la réflexion. Laisse tes contributions sur

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Mail à arayaa.sante@gmail.com.

Contribue et fais tourner !

 

Dr Hashim Hounkpatin, Dr Jean-Paul Dossou, Pamela Akplogan MSc, Dr Kéfilath Bello, Dr Christelle Boyi, Joël Arsène Noumonvi

 

Le blog de Arayaa, tout ce que votre médecin n’a pas le temps de vous expliquer en consultation![:]

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